Zio 4 : Quand la loi, la foi et la terre verdissent ensemble

Dans le paisible village de Wonougba, au cœur de la commune de Zio 4, une transformation silencieuse est en cours. Ici, sur ces terres de la région maritime, les berges des cours d’eau espèrent retrouver leur verdure et les lieux de culte autrefois dénudés se parent aujourd’hui de jeunes pousses sélectionnées. On assiste à une métamorphose entamée par les dialogues communautaires du projet LRAP, qui ont su lier la protection de l’environnement, les ressources en eau, à la préservation du sacré.

La terre, le sacré et l’oubli

Avant l’arrivée du projet, les pratiques agricoles et l’expansion des cultures avaient laissé des cicatrices profondes dans le paysage de Zio 4. Les berges des cours d’eau, défrichées sans discernement, s’érodaient sous l’effet des pluies et des pratiques agricoles. Les arbres tombaient sous les machettes, victimes d’une coupe anarchique qui ne voyait en eux qu’un obstacle au labour ou une source facile de bois.

Mais ce n’était pas tout. Les lieux cultuels, espaces sacrés où les communautés se recueillent et honorent leurs ancêtres, subissaient le même sort. Dépouillés de leur végétation, ils perdaient non seulement leur caractère sacré, mais aussi leur rôle de refuges pour la biodiversité locale.

Avant, on ne faisait pas attention. On coupait les arbres sans réfléchir pour le charbon de bois, même autour des lieux de culte. Maintenant, on a compris que c’est une erreur.

Quand le dialogue communautaire ouvre les yeux

C’est dans les cercles des dialogues communautaires que la prise de conscience a germé. Autour des discussions sur l’accès à la terre et les droits de chacun, une autre parole s’est invitée : celle de la terre elle-même et l’écosystème.

Les facilitateurs de l’ONG partenaire, appuyés par l’expertise environnementale de VNGi et de l’OMCA-Togo, ont progressivement sensibilisé les populations aux effets néfastes de la dégradation environnementale.

« Nous avons compris que défricher jusqu’au bord de l’eau, c’est tuer la rivière », explique une femme de Wonougba. « Et sans eau, pas de culture. Sans arbres, le sol s’épuise. »

Cette prise de conscience collective a été renforcée par des formations sur la protection environnementale et sociale. Les communautés ont appris à identifier les risques : l’érosion, la perte de fertilité des sols et la disparition des espèces utiles à l’agriculture. Mais surtout, elles ont appris qu’elles pouvaient agir.

Une organisation qui vient du cœur

L’initiative la plus remarquable est venue des populations elles-mêmes. À Zio 4, comme à Wawa 2, les habitants se sont organisés en sous-comités pour mener des actions concrètes de reboisement. Un comité de nettoyage prépare les sites, un autre creuse les trous, un troisième transporte les plants, un quatrième assure la mise en terre et un dernier veille au suivi et à la protection des jeunes plants.

« C’est notre façon de prendre soin de ce qui nous est cher Les lieux de culte, c’est sacré. Les berges des cours d’eau, c’est notre avenir. Protéger l’un et l’autre, c’est protéger notre communauté ».

Par la mise en œuvre du projet LRAP, les sites cultuels, en particulier, ont bénéficié d’une attention particulière. Ces espaces, souvent situés au bord de l’eau ou dans les champs, étaient devenus des symboles de la négligence passée. Aujourd’hui, ils redeviennent des sanctuaires de verdure où les arbres reprennent leurs droits.

Des défis à surmonter et à pérenniser

Malgré ces avancées, des défis subsistent. L’arrêt du projet, intervenu avant l’ancrage complet des nouvelles pratiques, pose la question de la pérennisation des acquis. Sans accompagnement continu, certaines habitudes anciennes risquent de reprendre le dessus.

Le non-achèvement du projet laisse également certaines actions en suspens. Les bornes plantées pour délimiter les parcelles, par exemple, risquent d’être déterrées par les tracteurs ou les intempéries. Les communautés réclament des bornes pilas qui résisteraient mieux aux passages des engins agricoles.

Par ailleurs, la sensibilisation sur les risques de bradage des terres comme la vente précipitée des parcelles après l’obtention des droits, n’a pas été menée suffisamment. Certains craignent que les acquis des dialogues communautaires ne soient fragilisés par des transactions foncières mal contrôlées pouvant faire surgir des conflits fonciers communautaires.

Toutes les initiatives n’ont pas connu le succès escompté. Sur certains sites, des reboisements témoins ont été endommagés ou détruits, révélant la nécessité d’un suivi communautaire renforcé, d’une appropriation et un leadership de l’UCP et de la mairie dans les actions environnementales.

Poursuivre malgré les difficultés

Malgré ces défis, les populations ne comptent pas s’arrêter là. Avec l’appui des autorités locales, elles envisagent de poursuivre le reboisement autour des sites cultuels, des domaines de l’Etat et des berges des cours d’eau suivant les emprises exigées par le code foncier et domanial (10 à 30 m). Des plants adaptés issus d’espèces endogènes sont recherchés pour garantir la survie des arbres, l’exploitation de leur vertu et renforcer la résilience des initiatives engagées.

L’idée d’un « abornement végétal » fait son chemin : planter des arbres pour matérialiser les limites des parcelles, une solution durable qui allie protection environnementale et sécurisation foncière.

« Les arbres, ça ne se déterre pas comme une borne en béton », plaisante un agriculteur. « Et en plus, ça donne de l’ombre et des fruits et représente les pratiques des anciens. »

Une leçon pour demain

L’expérience de Zio 4 montre que le dialogue communautaire peut dépasser les questions foncières pour embrasser des enjeux plus larges, comme la protection de l’environnement. En reliant la terre cultivable à la terre sacrée, en faisant le lien entre les droits des personnes et le devoir de préserver l’écosystème, les communautés ont tissé une approche holistique de la gestion de leur territoire.

« La terre nous nourrit, l’eau nous désaltère, les arbres nous protègent contre le vent et nous apportent la pluie. Si nous prenons soin d’eux, ils prendront soin de nous».

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