Wawa 2 : Quand la cartographie réveille les mémoires et prépare l’avenir

À Gbadi N’Kougna, dans la commune de Wawa 2, la terre ne se découpe pas seulement en parcelles. Elle se transmet, se partage, se discute. Elle appartient à la collectivité, et en son sein, chaque membre exploite sa portion dans un équilibre fragile entre droit coutumier, tolérance familiale et mémoire des ancêtres.

Lorsque le projet LRAP y a introduit l’approche d’enregistrement collectif, beaucoup y ont vu une innovation adaptée à leur réalité. Ici, l’idée que la terre puisse être enregistrée au nom d’une collectivité plutôt qu’individuellement a rassuré. Elle permettait d’éviter les coûts élevés d’un enregistrement classique isolé et de préserver l’esprit communautaire qui structure la gestion foncière locale.

Mais avant d’arriver au livret foncier, il fallait passer par une étape décisive : la cartographie.

Sur le terrain, la délimitation des parcelles a révélé ce que les années avaient estompé. Les anciennes bornes avaient disparu, les repères naturels s’étaient effacés, et les petits empiètements tolérés entre cousins et frères ont brusquement pris une autre dimension.

« Avant, les gens se comprenait. On laissait passer de petites portions de terres, on rentrait aussi dans celle de l’autre. Mais quand il a fallu fixer les limites de manière claire et nette, de petits malentendus se sont réveillés. » explique l’agent d’intermédiation social

Dans ces moments sensibles, les anciens et les sages des familles ont joué un rôle déterminant. Ce sont eux qui ont ramené les protagonistes autour de la table, encourageant les concessions pour éviter que la formalisation ne déchire les liens familiaux.

Grâce à cette médiation coutumière, la cartographie a pu avancer. Le processus a été relativement rapide. Mais il n’est pas allé jusqu’au bout. La suspension du projet a interrompu la transition vers l’enregistrement formel et la délivrance des livrets fonciers. La communauté est restée à mi-chemin : les limites clarifiées, mais sans sécurisation juridique définitive.

Entre droit collectif et restrictions coutumières

L’expérimentation menée à Wawa 2 a aussi révélé une tension profonde entre le droit moderne de propriété et les règles coutumières.

« La terre que tu as achetée, tu es libre de la vendre à qui tu veux. Mais la terre héritée, tu dois d’abord la proposer aux membres de la collectivité. » pour paraphraser un représentant d’une collectivité lors des consultations.

Dans les faits, cela signifie que le droit de disposer librement d’une terre héritée est fortement encadré. La priorité d’achat revient aux membres de la concession, souvent à un prix préférentiel. Ce mécanisme protège le patrimoine familial, mais limite la mobilité économique et les possibilités d’investissement.

Cette pression communautaire pèse davantage sur les jeunes et les femmes, dont la marge de décision est plus restreinte.

Les femmes : le dialogue comme première victoire

L’histoire d’une famille de dix-neuf enfants illustre ces tensions. À la mort du père, un testament a attribué les terres aux fils. Les filles n’étaient pas concernées. Certaines superficies non attribuées ont été couvertes par la campagne de cartographie du projet LRAP, mais les hommes avaient déjà commencé à se les répartir.

« La méfiance régnait entre nous. On ne se sentait pas en sécurité en allant au champ» déclare une femme concernée

Les sensibilisations menées dans le cadre du projet ont amorcé un changement. Les frères ont progressivement admis que les femmes ont aussi droit à la terre. Le partage n’est pas encore effectif, mais le dialogue est revenu.

« C’est déjà une victoire », confie-t-elle.

À Wawa 2, l’accès des femmes à la terre progresse dans les discours. Le contrôle effectif et l’égalité dans la répartition restent, eux, des chantiers ouverts.

L’émiettement des terres, un défi

L’émiettement progressif des parcelles est un défi qui se dessine. À force d’héritages successifs et de divisions internes, les terres deviennent de plus en plus petites. Or, l’esprit des réformes portées par le projet LRAP vise aussi à favoriser de grandes  exploitations plus sécurisées, capables d’attirer d’importants  investissements agricoles.

Sur les terres prises en compte par l’expérimentation à Wawa 2, la fragmentation du foncier limite cette ambition. Elle peut rendre plus critique la mise en œuvre de projets agricoles d’envergure et interroge les mécanismes futurs de consolidation ou de gestion collective des terres.

Il est à noter que dans la gestion des tensions révélées par la cartographie, un acteur s’est imposé : les « AMAKRADOU ». Ces sages, détenteurs d’une autorité morale forte jouent un rôle primordial dans la régulation sociale et foncière.

Leur implication apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour accompagner toute réforme. Leur intégration plus formelle dans les dispositifs locaux, les Unités Communales du Projet et Unités Villageoises du Projet qui sont des structures de préfiguration des Comités de Gestion Foncière, pourrait renforcer l’ancrage et la légitimité des décisions.

Une dynamique engagée, un processus inachevé

À Wawa 2, la communauté reste engagée vers l’obtention du livret foncier. La campagne de cartographie a permis de clarifier les limites, de rouvrir le dialogue et de poser les bases d’une formalisation collective.

Mais le processus n’a pas atteint son terme. L’enregistrement formel reste à finaliser. Les questions d’équité, de contrôle des terres par les femmes et de fragmentation foncière appellent encore des réponses.

L’expérience de Wawa 2 montre que la réforme foncière ne se résume pas à des outils techniques. Elle touche aux équilibres familiaux, aux règles coutumières et aux dynamiques économiques locales.

La cartographie a ouvert la voie. La sécurisation durable reste à construire.

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